[Sept premiers mois de mandat] Julie Fontaine : « On est au service d’un projet commun pour les habitants »

Depuis son lancement, Poitiers Collectif fait le choix de la transparence, afin de faire vivre au plus grand nombre la construction et le développement du projet. A l’occasion des sept premiers mois du mandat, nous vous proposons de faire un petit bilan de l’action municipale engagée par nos élu.e.s.

Après Hélène Paumier, c’est au tour de Julie Fontaine, conseillère municipale déléguée au périscolaire et à l’accompagnement à la scolarité, de nous parler de ses missions et de son quotidien d’élue.

 

Pourquoi avoir accepté cette délégation au temps périscolaire ?

Dans mon parcours professionnel j’avais déjà fait de l’animation, donc je connaissais bien ce cadre du périscolaire et son importance pour les enfants. C’est un temps de pause et d’épanouissement pour eux, qu’il est important de garantir dans de bonnes conditions. Je connaissais aussi les difficultés liées au périscolaire : le statut souvent précaire des animateurs, le non-respect fréquent du taux d’encadrement des enfants, la reconnaissance ou non des diplômes d’animateurs, etc…  J’ai voulu me positionner sur ces enjeux pour faire bouger les choses dans le bon sens.

Comment travailles tu avec les autres élu.e.s ?

On a chacun nos responsabilités mais on met régulièrement les choses en commun. On a un trio très complémentaire [avec Hélène Paumier, adjointe à l’éducation et aux écoles publiques, et Rafael Dos Santos Cruz, délégué aux bâtiments scolaires] pour travailler sur les différents aspects de l’école (bâti, temps scolaire et temps périscolaire). On essaie de se convier les uns les autres aux réunions qui nous concernent. Ça se passe très bien. Évidemment on ne peut pas tout suivre au même rythme mais on s’épaule et on se relaie les informations.

En dehors des élu.e.s du pôle éducation, je vais également travailler avec Alexandra Duval, déléguée à l’action sociale et l’égalité des droits, sur les activités périscolaires pour qu’elles soient paritaires, sans discrimination. Cela passe, par exemple, par de la formation auprès des animatrices et animateurs. Nous allons aussi travailler avec Pierre Rigollet (délégué à la bientraitance animale) et Pierre Nenez (délégué à l’éducation nature) pour que la prise en compte de la nature et du bien-être animal irrigue bien toutes nos politiques, dont nos politiques éducatives et périscolaires.

 

Quelle est ta vision du rôle politique que tu es amenée à avoir, en tant qu’élue ?

Le rôle politique qu’on a, il se construit chaque jour et pas que dans notre délégation. On mesure l’impact qu’on peut avoir sur le quotidien et sur le systémique. Quand on est élu, ça fait un peu peur : on se demande si on est prêt, si on connaît bien le territoire. Mais tout s’apprend, tout se construit. Même si c’est épuisant parfois, la motivation est toujours là.

Nous avons aussi un rôle de mise en réseau d’acteurs : nous sommes des facilitateurs, nous cherchons les liens à tisser, les ponts à bâtir. On essaie de voir comment on peut travailler ensemble dans le cadre de la collectivité. Cela m’amène à aller encore plus vers les autres.

 

Une difficulté à laquelle tu ne t’attendais pas ?

On ne s’en rend pas forcément compte de l’extérieur, mais tout prend du temps. Entre la prise de décision et son application, il y a un délai administratif qui peut être long. Les démarches sont  complexes mais il faut les suivre, elles correspondent souvent à un cadre légal qui est contraint. Parfois on ressent de la frustration, on a envie d’avancer et d’aller vite, c’est aussi un peu d’inexpérience de notre part.  

Il nous faut aussi distinguer en permanence ce qu’il est réellement impossible de faire, et ce qu’on peut essayer de faire différemment. Le cadre légal nous freine, ce qui oblige de réinventer, de s’adapter, ce qui peut faire perdre du temps et de l’efficacité alors qu’on sait qu’il y a une urgence en face.

Une réussite dont tu es fière ?

Je suis particulièrement fière du projet intergénérationnel qu’on est en train de construire avec les responsables des équipes d’animation, les enfants présents sur le temps périscolaire, les résidences autonomes, maisons de retraite et maisons de quartier. L’objectif est de permettre aux enfants de rencontrer des personnes âgées, isolées ou en difficultés. Ils vont pouvoir s’échanger des objets, des messages, des lettres… et aboutir à une rencontre dès que la situation le permettra.

Les enfants sont fatigués, stressés, soumis à un protocole assez strict. Les personnes âgées sont contraintes à l’isolement social depuis plusieurs mois. Ces deux publics ont vraiment besoin de se retrouver et retrouver de la chaleur humaine. On a déjà reçu une réponse positive d’une douzaine d’écoles qui sont intéressées pour mener ce projet. Dans une période où les équipes sont fatiguées, les enfants frustrés, je trouve cela  très encourageant de voir des équipes investies dans ce projet.

Un enjeu sur lequel tu souhaites travailler pendant le mandat ?

Il y en a plusieurs qui me paraissent prioritaires.

Au niveau de la mairie, je veux faire en sorte qu’on puisse valoriser au maximum ce qui se fait dans le périscolaire, hors des murs de l’école. C’est un secteur encore trop peu connu et pourtant au croisement de nombreux sujets : l’expression artistique des enfants, le sport, l’éducation à la nature, etc.

Au niveau national, l’Etat a délégué le périscolaire aux collectivités, et nous devons nous battre, avec peu de moyens, pour assurer ce service dans les règles, en apportant une réelle plus-value éducative. Il manque une réelle politique nationale sur le périscolaire, avec les moyens financiers qui vont avec. Cela permettrait de mieux payer les animateurs, de stabiliser les équipes d’animation qui connaissent souvent un turn-over important, de mutualiser davantage les postes pour en faire des emplois moins précaires, et d’accorder des heures supplémentaires aux animateurs pour travailler en équipe autour de projets concrets. Le métier d’animateur est peu valorisé socialement alors qu’il demande de nombreuses compétences : encadrement, gestion de projet, lien avec les parents, accompagnement social… bien plus que de la « simple » animation. Il y a aussi la question des diplômes : pour celles et ceux qui ont l’expérience du terrain mais pas le diplôme, comment on valorise ces compétences acquises ? Toutes ces problématiques, j’aimerais pouvoir les porter au niveau national, par exemple en me mettant en réseau avec les élu.e.s au périscolaire dans d’autres villes.

Quelle est ta relation avec les citoyennes et citoyens depuis l’élection ?

Les gens sont toujours surpris par notre âge, en tout cas par le mien. Que des jeunes de moins de trente ans soient élu.e.s ne semble pas aller de soi. J’espère que c’est un premier pas encourageant pour que d’autres se disent : « je peux oser, je ne dois pas hésiter à me lancer. »

J’entends aussi souvent que « c’est courageux de faire ça ». Je crois que c’est plus une question d’envie et de croyance en un territoire qui peut être meilleur, plus solidaire, plus démocratique, avoir une démarche inclusive, qui considère tous ses habitants. Quand on est porté par un collectif, on se sent légitime. Ce n’est plus une question de courage. On est au service d’un projet commun, collectif. Un projet pour les habitants.

Cela créé de l’espoir chez les gens. C’est mon regard et mon vécu au quotidien. Ils nous disent beaucoup « ça fait du bien, on sait que les choses vont changer. » On se dit qu’on ne s’est pas battu deux ans pour rien. Ça donne du baume au cœur et l’envie d’avancer.

Après, il y a aussi les sollicitations, bien plus qu’auparavant. On nous expose les problèmes, mais on nous soumet aussi des projets. On a forcément pris une place dans la cité, la ville et les quartiers et c’est très bien d’être identifié. Mais je ne cache pas que ça change un quotidien et avec le travail, le mélange des casquettes n’est pas toujours évident. Avant, j’avais mon travail et ma vie perso. Maintenant j’ai aussi ma vie d’élu. Il faut trouver un équilibre, pour moi et pour mes interlocuteurs. C’est une aventure très humaine et on le sent chaque jour. Cela vient de nous, notre motivation, notre envie de faire toujours plus et mieux, et également de ce que nous apporte, jour après jour, les différents acteurs du territoire.

Merci à Julie Fontaine pour ses réponses et à très vite pour de nouvelles expériences d’élu.e.s !