[Expression politique] L’urgence climatique est (toujours) là

La vague de froid que nous connaissons actuellement ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : 2020 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en France, et l’année la plus chaude en Poitou depuis 100 ans. Avec 13.6 degrés de température moyenne annuelle, elle se situe presque deux degrés au-dessus des moyennes normales. Tous les mois, mis à part ceux de juin et d’octobre, ont été plus chauds que les années précédentes. La sécheresse s’est faite durement ressentir en juillet, et le mois de novembre a été exceptionnellement doux et sec. Bref, 2020 confirme la tendance des vingt dernières années : le dérèglement climatique est là, de plus en plus tangible. Avec des conséquences déjà prégnantes : les rendements agricoles sont en baisse, les pics de chaleur rendent la ville suffocante l’été, les épisodes de pluie sont moins fréquents mais plus intenses.

L’Hôtel de Ville de Poitiers illuminé de rouge pour symboliser l’urgence climatique

Deux volets : l’atténuation et l’adaptation

Face à cette réalité, que faisons-nous ? Notre action se concentre sur deux volets : l’atténuation et l’adaptation. La première vise à diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, pour ne pas empirer le réchauffement climatique. La seconde vise à essayer d’anticiper, prévoir et se protéger de ses effets.

Pour réduire nos émissions à l’échelle de la ville et de Grand Poitiers, nous nous engageons pleinement dans la transition écologique de notre territoire. Cela concerne d’abord notre rapport à l’énergie : nous travaillons à réduire la consommation énergétique globale de Grand Poitiers pour gagner en sobriété, nous améliorons l’efficacité énergétique de nos bâtiments, nous accélérons le déploiement des énergies renouvelables. Il s’agit de produire une énergie plus propre mais aussi et surtout d’en utiliser moins et mieux. Nous agissons aussi sur les mobilités, en améliorant l’offre de transports en commun et en favorisant l’usage du vélo entre Poitiers et les communes proches (par exemple, en réalisant la jonction entre Poitiers et le site du Futuroscope).

Pour adapter Poitiers au changement climatique, nous avons lancé le plan « Nature par tous, nature pour tous » qui vise à planter 10 000 arbres d’ici la fin du mandat pour rafraîchir la ville et lutter contre les îlots de chaleur. Nous menons en parallèle une politique d’urbanisme responsable pour ménager des espaces de fraîcheur et de respiration en ville et atteindre nos objectifs de zéro artificialisation nette. La ville est à ce titre lauréate de la démarche Territoires Pilotes de Sobriété Foncière. A l’échelle de Grand Poitiers, le Programme Alimentaire Territorial est un puissant levier pour relocaliser notre alimentation mais aussi pour avoir une politique agricole locale plus respectueuse des sols et de la biodiversité, alliés précieux pour contrer les effets du réchauffement.

Les premiers arbres du dispositif Une naissance un arbre plantés à Tison

Une transformation forcément démocratique et citoyenne

Toutes ces mesures sont pensées de façon globale, en cohérence avec les deux autres piliers de notre action : justice sociale et démocratie. Cette transition écologique de notre territoire ne peut se faire sans les Poitevines et Poitevins, ni au détriment des plus précaires d’entre eux. La crise sanitaire que nous traversons a suffisamment démontré, si besoin était, à quel point les problématiques écologiques, économiques, sociales et sanitaires étaient liées.

Poitiers fait donc activement sa part sur le front du climat, portée par la volonté municipale mais aussi par la détermination, l’enthousiasme et la mobilisation du tissu d’associations, d’entreprises, de citoyennes et citoyens engagés du territoire. Les initiatives individuelles et collectives, ici comme dans de nombreuses villes de France, démontrent qu’une majorité grandissante d’acteurs est prête pour une réelle transformation écologique de nos modes de vie, de production, de consommation.

Si Poitiers et Grand Poitiers, en tant que collectivités locales, font leur part pour lutter contre le réchauffement climatique et ses effets, notre action ne peut se passer d’une politique écologique nationale ambitieuse et cohérente. Or, comme l’a souligné la rapporteure publique dans le procès de l’Affaire du Siècle qui vient de se tenir à Paris, l’État est fautif de ne pas respecter sa trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre, aggravant le préjudice écologique causé à la population. Plus inquiétant encore, le projet de loi climat actuellement débattu à l’Assemblée Nationale ne reprend que très partiellement les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat et ne permettra vraisemblablement pas d’atteindre l’objectif de réduction des émissions adopté par la France dans le cadre de l’Accord de Paris (-40% par rapport à 2030)… et encore moins le nouvel objectif adopté par le Parlement Européen (-55%).

L’expérience démocratique inédite de la Convention aura eu le mérite, cependant, de mettre en lumière la nécessité d’associer étroitement les citoyen.ne.s à la prise de décision politique. Ce n’est qu’à cette condition, en respectant vraiment les propositions issues de leur travail, que nous réussirons collectivement une transition écologique socialement juste, à laquelle chacune et chacun pourra adhérer et contribuer. C’est en tout cas la démarche que nous portons et continuerons de porter à Poitiers.