[Conseil Municipal du 28 juin] Bientôt une exploitation maraîchère aux Bois de Saint Pierre

[Episode 4 : Bientôt une exploitation maraîchère aux Bois de Saint Pierre]

Lundi 28 juin s’est tenu le dernier conseil municipal avant l’été. De quoi a-t-il été question ? Quels enjeux pour les Poitevines et les Poitevins ? Cette semaine, nous revenons en texte et en image sur ce conseil. Quatrième article de cette série : l’appel à projet « Du champ à l’assiette », qui vise à installer une ferme agroécologique avec une forte dimension pédagogique aux Bois de Saint Pierre. L’intervention de Pierre Nenez et Elodie Bonnafous du groupe Poitiers Collectif :

 

 

« Comme vous le savez, depuis fin 2018 Grand Poitiers est engagé avec nos voisins du Haut Poitou et de Vallées du Clain dans l’élaboration d’un Projet Alimentaire Territorial, ou PAT. Derrière cet acronyme sympathique, mais mal connu du grand public, se cache une grande diversité d’enjeux, que j’aimerais brièvement rappeler ici.

Vers une stratégie agricole commune à Poitiers

L’agriculture est aujourd’hui confrontée à de multiples défis. Le dérèglement climatique perturbe le cycle des saisons, impacte les rendements agricoles, raréfie les ressources en eau. Le modèle agricole traditionnel a privilégié les très grandes surfaces de monoculture et l’utilisation intensive d’intrants (pesticides, engrais chimiques). Si ce modèle façonne aujourd’hui nos paysages – surtout dans le Nord Vienne – et fait partie de notre identité locale, il n’est cependant pas sans impacts sur la qualité des sols ni sur la biodiversité. Les enjeux sont également sociaux, à l’heure où un agriculteur sur deux partira à la retraite d’ici 2026, et que suivant la dynamique actuelle, deux tiers ne seront pas remplacés. Revaloriser la profession, redonner goût au travail de la terre, assurer une rémunération décente, retisser le lien avec les consommateurs, autant d’objectifs à atteindre si nous voulons sécuriser notre système alimentaire, à l’échelle nationale comme locale.

Nous sommes tous concernés. C’est peut-être une évidence, mais qu’il est bon de rappeler: à l’échelle de Poitiers, nous sommes 88 000 mangeuses et mangeurs, qui dépendons directement de l’agriculture pour vivre. C’est un secteur économique à part entière, qui fait vivre de nombreux acteurs : certes le producteur (qu’il soit paysan, maraîcher, céréalier, éleveur…) et le consommateur final (nous), mais aussi les multiples intermédiaires, ceux qui transforment les produits bruts, ceux qui les conditionnent, ceux qui les acheminent, ceux qui les distribuent (que ce soit en AMAP ou en grande surface). Un secteur qui compte ses syndicats et fédérations, ses associations, ses institutions comme la chambre d’agriculture.

Comment, à partir de toute cette diversité, peut-on bâtir une stratégie commune pour répondre aux défis que je viens d’évoquer ? Voilà l’objet de notre PAT : avoir un espace de dialogue qui permet de réunir tous ces acteurs ensemble autour d’une même question. La question, la voici : « Comment nous nourrir, aujourd’hui et demain, sur notre territoire ? ». Et les réponses sont multiples. Pour certaines, elles existent déjà dans des initiatives locales, qu’il convient de fédérer, d’amplifier, de soutenir. Pour d’autres, elles sont à inventer, en fonction des particularités de chaque territoire.

A Poitiers, territoire urbain, nous avons la volonté d’accompagner la relocalisation d’une agriculture nourricière durable. Dit plus simplement, de faciliter l’installation de maraîchers, de favoriser la culture de légumes de plein champ, d’avoir des produits de qualité, qui répondent aux besoins alimentaires des Poitevines et des Poitevins, tout en préservant la qualité des sols et la biodiversité. Pour ce faire, nous pouvons activer deux leviers majeurs :

  • mobiliser le foncier disponible (c’est-à-dire les terres) et en faciliter l’acquisition par les agriculteurs ;
  • assurer des débouchés pérennes à cette production locale, grâce notamment à la restauration collective (1.2 millions de repas chaque année)

Ce premier appel à projet, baptisé Du champ à l’assiette, illustre le premier levier. Il vise à installer aux Bois de Saint Pierre, une exploitation maraîchère. Deux hectares de terre agricole, propriété de la ville, seront mis à disposition des porteurs de projet retenus. Deux hectares qui devront s’inscrire dans les objectifs du PAT, en terme de production (avec des méthodes agro-écologiques) et de commercialisation (priorité aux circuits courts, grâce à de la vente directe, boutique, stand sur les marchés locaux).

Ces deux hectares sont une première marche. Ils sont la démonstration qu’il est possible de concilier agriculture et milieu urbain. De travailler la terre autrement, sur des surfaces plus petites, avec un impact concret sur le territoire et ses habitants. Ce n’est qu’un début : il y a d’autres réserves foncières à mobiliser. D’autres porteurs de projet qui ne souhaitent qu’une chose : s’installer. Nous nous y emploierons tout au long de cette mandature, afin de faire de Poitiers une ville nourricière, une ville résiliente, une ville durable, et ce, grâce et avec la mobilisation de tous ses habitants.

Un projet ambitieux pour les Bois de Saint Pierre, au carrefour de l’éducation nature et de l’éducation populaire

En effet, le projet alimentaire pour le territoire de Poitiers et Grand Poitiers est l’affaire de tous. Nous en avions eu la belle démonstration lors de l’enquête « Et vous, que mangez-vous » à l’automne 2020. Plus de 2300 personnes avaient répondu au questionnaire sur la plateforme Je Participe. Près d’une sur deux (44%) avait déclaré être prête à changer ses habitudes pour aller vers plus de nourriture locale. Les raisons invoquées en faveur de ce changement ? En premier lieu le soutien aux agriculteurs locaux, puis le respect des saisons et de l’environnement. Des préoccupations renforcées durant le premier confinement notamment, qui a remis sur le devant de la scène les enjeux de souveraineté alimentaire, et poussé de nombreux habitants à vouloir se réapproprier leur alimentation.

L’appel à projet des Bois de Saint Pierre vise aussi à répondre à cette volonté. Car le projet aura un fort volet pédagogique. La Ville mettra en effet à disposition des locaux sur site pour que les visiteurs et visiteuses puissent découvrir l’envers du décor. Comment fonctionne une ferme agro-écologique ? Quel est le quotidien d’un maraîcher, d’une maraîchère ? Comment reconnaître les différents fruits et légumes, les espèces végétales présentes sur l’exploitation, les insectes et la microfaune, les symbioses entre tout ce petit monde ? Quels produits peut-on déguster à quelle saison ? Autant de questions qui pourront ici trouver une réponse, dans une perspective à la fois d’éducation nature et d’éducation populaire.

Les Bois de Saint Pierre ont un potentiel extraordinaire pour lier les enjeux écologiques et sociaux. Les entretiens et ateliers animés par le Centre de Plein Air de Lathus sont édifiants à ce sujet : ils nous montrent que c’est un lieu largement connu des Poitevines et Poitevins, avec une forte dimension affective, apprécié comme destination nature et « pause fraîcheur » l’été, qui ne demande qu’à être réinvesti. Car si la forêt se porte bien, les infrastructures sont très vieillissantes, la signalétique obsolète, certains équipements à bout de souffle.

Les idées ne manquent pourtant pas pour revigorer ce lieu, lui donner un nouvel allant, en faire un espace de rencontres et de découverte pour tous les publics. Imaginez, demain, ce que pourrait être une journée aux Bois de Saint Pierre. Arriver le matin pour un décrassage de la semaine via le parcours sportif. Participer ensuite à une balade naturaliste et s’initier à la cueillette de plantes comestibles. Déguster les produits de la ferme le midi, puis en visiter les secrets l’après-midi. Se détendre au bord de l’étang en fin de journée, et participer le soir à une fête populaire ou à une conférence-débat. Pour les enfants (ou les plus grands !), apprendre à faire du vélo dans les sentiers forestiers, rencontrer les animaux de la ferme, participer à une course d’orientation…

Ce ne sont là que des idées. Le projet repose sur une dynamique partenariale, avec de nombreux acteurs impliqués (services de la collectivité, associations, professionnels, habitant.e.s…). Dans l’optique de « faire avec » et non « à la place de », nous n’entendons pas imposer un projet déjà ficelé. Le cadre d’un espace dédié à l’éducation nature et à l’éducation populaire, lieu de détente et de découverte, accessible à toutes et tous, est posé. Tout le reste est à co-construire ensemble. »